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Le mignon petit conte qui endoctrine vos enfants

Il y a quelques jours, séduit par les différentes critiques que j’avais pu en lire (voir par exemple cette présentation sur YouTube), et alléché par ses graphismes soignés, je me décidai à acheter pour mon iPad le conte interactif « Gaspard, le loup qui avait peur du loup. »

Tout de suite, la magie opéra : les graphismes étaient splendides et tout mignons, Jean-Pierre Marielle disait le texte avec beaucoup de douceur et de talent, les animations étaient absolument adorables et l’application avait un fini impeccable. Mais soudain, au détour d’une page et d’une manière totalement inattendue, le charme fut rompu d’une manière abrupte. Que s’était-il passé ?

Gaspard est un louveteau abandonné, qu’un couple de ratons laveurs a recueilli et élevé parmi ses propres enfants. Mais Gaspard ne sait pas qu’il est un loup, cet animal redoutable dont ses parents lui ont dit de se méfier. Un jour, aiguillonné par la curiosité, il franchit les limites territoriales imposées par ses parents adoptifs et tombe nez-à-nez avec une joyeuse bande de louveteaux avec qui il va désormais venir régulièrement s’amuser comme un fou. Le voici donc perplexe face aux peurs de ses parents, et la grande explication a alors lieu:

Si les parents pensaient que les loups étaient méchants, c’est juste parce qu’ils sont différents. Suite à cette réalisation, les parents se rendent compte que leur a priori sur les loups est infondé. Et du coup Gaspard pu même emmener sa petite soeur raton laveur Zoé s’amuser avec les loups. Tout finit alors pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Rien ne vous a mis la puce à l’oreille ? Tout vous a paru tout mignon et sans danger ? Aucun message subliminal glissé à votre insu dans les lectures que vous donnez à vos enfants ? Eh bien si : ce petit conte est en fait porteur d’une idéologie politiquement correcte typiquement dans l’air du temps et a pour but d’y conformer insidieusement le jeune esprit tendre et malléable de vos enfants.

On y essaye d’enseigner aux bambins que la peur n’a pas de fondement si ce n’est la différence de l’Autre. L’enfant en déduira sa propre culpabilité à ne pas savoir apprécier l’Autre et commencera son long chemin vers la négation de ses peurs et l’acceptation de l’Autre. A ce sujet, le choix de l’Autre est qui plus est ici particulièrement malheureux, puisque le loup est un animal particulièrement dangereux. Pourquoi donc avoir alors choisi cet exemple de l’autre ? Facile : imaginez le ridicule immédiat du conte si notre petit louveteau avait eu peur des papillons. Voulant donc à tous prix forcer leur morale, les auteurs ont donc forcé l’exemple en choisissant comme « bon Autre » les loups…

Tous les contes traditionnels ont une morale: ils sont chargés de commencer à doter les enfants d’outils de décryptage de la réalité. Celui-ci n’y échappe donc pas, sauf que cette morale est totalement dévoyée, tordue dans le sens de l’air du temps, et au final dangereuse, non seulement parce qu’elle essaye d’orienter idéologiquement votre enfant et le prépare inconsciemment à être un bon électeur dans quelques années, mais aussi tout simplement parce que la peur peut être un réflexe salutaire face à l’inconnu. Car oui, l’inconnu peut être dangereux.

Je me souviens des morales des contes de mon enfance. On pouvait déduire de ces contes des principes tels que: la paresse est une mauvaise chose, il ne faut pas faire de mal aux autres, il faut respecter ses parents, et ainsi de suite. Les contes d’aujourd’hui sont à mille lieues de ces outils de discernement, ils sont des armes politiques. Au lieu de former les enfants ils essayent de les formater selon un moule idéologique précis: celui du politiquement correct.

Or la différence ne fait pas forcément peur : par exemple les petits ratons laveurs n’auraient probablement absolument pas peur des lapins ou des moineaux. En outre, la peur d’un animal dangereux est, elle, salutaire. La peur du danger est salutaire: c’est ce qui permet aux êtres vivants de survivre depuis la nuit de temps. C’est ce qui permet à des espèces, et même à des civilisations, de survivre. La peur est normale, elle est la conséquence de l’expérience et du bon sens, elle est la mère de la prudence, elle est à la base de la survie. Elle est donc essentielle.

C’est en cela que ce conte est fallacieux: il est dans la droite ligne de l’idolâtrie actuelle de la Différence et, pour la sanctifier, a systématiquement recours au développement de la repentance, ici par exemple en criminalisant une peur salutaire : croyez-vous vraiment que des ratons laveurs pourront survivre très longtemps s’ils côtoient des loups ? Non, bien sûr ! Cette fantasmagorie est purement artificielle et au-delà de toute réalité. On vous enseigne donc désormais que votre peur vient de vous, et non de l’autre. Qu’elle est de votre faute et non de celle de l’Autre. On dénie à cette peur une base réelle. On vous culpabilise et on vous ôte des défenses contre la possible duplicité ou dangerosité de l’Autre. Comment, vous avez peur de monsieur à l’air malcommode qui brandit un couteau sous votre nez ? Honte à vous qui ne savez apprécier sa différence. Les crocs de ces loups ne sont là que pour décorer : regardez, en fait ils sont gentils et n’ont pas du tout l’intention de manger la petite soeur de Gaspard !

Comme ces contes ont une valeur éducative, ils enseignent aux enfants, par pure idéologie politiquement correcte, à ignorer leurs peurs instinctives et diminuent donc leurs chances de survie ou, d’une manière plus générale et insidieuse, de simplement pouvoir appréhender correctement la réalité… et dire que la peur des prédateurs est injustifiée n’en est qu’une simple illustration.

Les contes d’antan auraient atténué la méfiance instinctive et exagérée pour l’inconnu en la contournant par l’enseignement aux enfants de ce qu’il faut aimer les infortunés et, par leurs attentions redoublées, les réconforter. Je me souviens de la gentillesse qu’on nous avait appris à prodiguer à l’un de nos condisciples handicapé mental, quand j’étais enfant… mais j’étais dans une école chrétienne… Bref, les contes d’antan auraient développé la gentillesse. Mais ce conte procède à l’inverse: il associe même la différence au danger et à la peur (alors qu’encore une fois on n’a pas forcément peur de ce qui est différent), et en ce sens il est d’ailleurs insultant.

Cela est typique avec cette réponse du père au petit loup, qui lui demande « mais vous dites que les loups sont méchants! ». Le père répond « Parce qu’ils nous font peur. Peut-être parce qu’ils sont différents de nous. » On dénie par là à la peur la possibilité d’être fondée. Au contraire, on culpabilise celui qui la ressent en lui enseignant que sa peur est de sa faute, car il l’a déduite de la simple différence de l’autre… ce qui au passage est mensonger, encore une fois : les lapins sont différents des ratons, et ces derniers n’en ont sans doute pas peur. Imaginez une maman qui laisserait son bambin jouer avec un tigre au prétexte que si elle a peur du gros matou c’est juste parce qu’il est différent ! La réponse qu’aurait du faire le papa raton était: « les loups sont méchants car ils mangent les ratons. » Or cette réponse, la seule bonne, n’est même pas envisagée. Révélateur.

Notre époque est criminelle et des illuminés essayent de nous priver nous, individus, mais aussi nous, groupes (pays, civilisations), de toute chance de survie face à un potentiel ennemi qui ne s’embarrasserait pas de telles idioties (soit au bas mot 90% de la planète). Et on le fait à coups de slogans orwelliens… c’est à dire en renversant la perception de la réalité. Dans 1984 George Orwell forge par exemple les slogans suivants : « La guerre, c’est la paix. » « La liberté, c’est l’esclavage. » « L’ignorance, c’est la force. » On en est là, en France, et dans la majeure partie de l’Occident. (1)

En définitive, le message de ce conte peut se résumer par le syllogisme suivant :
– on a peur de ce qui est différent;
– la peur est quelque chose de mal;
– donc ne pas aimer ce qui est différent est mal. ( = Il faut que la maman laisse son bambin jouer avec le tigre.)

Ce syllogisme pèche bien sûr par ses prémisses, toutes deux fausses : on n’a pas forcément peur de ce qui est différent, et la peur n’est pas forcément quelque chose de mal. Ce qui véritablement est affolant c’est que ce travail d’endoctrinement commence donc désormais dès l’apprentissage de la lecture. Il faut relire 1984.

Non, vraiment, ce conte est pernicieux et porte terriblement la marque de l’air du temps. Les sociologues du futur qui étudieront le politiquement correct y verront un exemple particulièrement illustratif.

Je suis également fâché pour une autre raison : dans une librairie classique, les parents peuvent feuilleter les contes et vérifier qu’ils répondent à leur projet parental et éducatif. Et vu la production idéologique actuelle visant la cible stratégique des jeunes esprits en formation, il y a du boulot. Or, avec l’AppStore, ce n’est plus possible. Certes on peut lire le conte soi-même avant de décider de le montrer à ses enfants, mais on l’a quand même acheté.

(1) A propos de slogans orwelliens et d’exaltation de la Différence, vous avez sans doute vu le nouveau maillot de l’équipe de France de football ? Si esthétiquement il est bien trouvé, on ne peut pas en dire autant du slogan imprimé au dos de l’écusson. Je vous le donne en mille: « nos différences nous rassemblent ». Orwellien, je vous disais.

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Catégories :Politiquement correct
  1. Trophyme
    10 mars 2013 à 17 h 50 min

    Excellente analyse ! Merci

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